une crise immobilière en régions à cause de l’exode des Parisiens?



De nombreux habitants de l’Île-de-France quittent la région parisienne pour prendre l’air au bord de la mer ou à la campagne. Cet exode urbain provoque, avec les écarts de pouvoir d’achat, une explosion des prix de l’immobilier.

Depuis quelques années, les Franciliens sont pris d’une envie de grand bol d’air. Bord de la mer, campagne… l’exode est important. En 2018, plus de 100.000 citadins de la région parisienne ont déménagé en région. Des chiffres avant le Covid qui n’ont pas diminué depuis.

Sauf que sur place, les Franciliens qui arrivent créent d’importants écarts de niveaux de vie. Avec un revenu en moyenne 15% plus élevé que leurs nouveaux voisins lorsqu’ils s’installent, les prix de l’immobilier explosent, à tel point que les locaux n’arrivent plus à suivre. En effet, les Franciliens qui quittent leur région ont un revenu médian de 2.230 €. Lorsqu’ils s’installent, ce revenu descend à 2.025 € mais reste largement supérieur à celui des provinciaux, 1.755 €.

“La situation est dramatique”

Partout, les loyers augmentent drastiquement, sur la côte Atlantique notamment. Entre mai 2020 et mai 2022, le prix du mètre carré a connu 31% de hausse en Bretagne. Par exemple, sur l’Île d’Yeu, les maisons aux volets bleus s’arrachent désormais à prix d’or. En moyenne, une propriété coûte désormais 800.000 euros sur l’île, d’après un recensement de l’association “Les Enfants de Tempête”.

“Il y a une complexité pour les gens de se loger. On a des gens qui ont passé l’été au camping, faute de maison. On a des familles qui partent. C’est la catastrophe”, explique la porte-parole de l’association, Roxane Berget.

Pour elle, seuls les nouveaux arrivants, “avec leur pouvoir d’achat très fort”, réussissent à suivre la flambée des prix. Ce qui, juge-t-elle, “met en péril les gens qui habitent ces territoires très convoités.”

Des collectifs, des manifestations et des solutions

Mais les locaux ne comptent pas se laisser faire. Sur place, des collectifs se créent: “A Saint-Malo, j’y vis, j’y reste” en Bretagne, ou Alda au Pays basque. Les actions se multiplient aussi: manifestation à Paris devant le siège de Airbnb, ou dans leur ville, pancarte à la main. Pour faire face à cette flambée des prix, des solutions émergent, comme un quota de locations saisonnières par quartier. Aux Sables-d’Olonne, le maire Yannick Moreau a choisi cette solution.

“Il y a 30 ans, l’habitat permanent représentait 75 % du centre des Sables et les résidences secondaires 25 %. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Le sujet, c’est plutôt l’asphyxie du marché immobilier à l’année avec l’explosion des logements de location courte durée qui assèche ce marché à l’année. Les locaux ne peuvent plus vivre en centre-ville. Pour limiter le phénomène de location effrénée, on a instauré des quotas de locations touristiques par quartiers”, explique l’édile de la commune vendéenne.

Autre proposition portée par certains élus: la création d’un statut de résident local. Certains élus qui proposent cette idée estiment qu’il faudrait avoir vécu au moins un an en location quelque part pour avoir le droit d’acheter.

Des conséquences positives de l’exode urbain?

Mais l’exode urbain peut aussi avoir des conséquences positives. “Les professions intermédiaires vont aller dans des espaces où l’attractivité n’est pas forcément très haute, y compris quand ces personnes portent des projets de commerce ou d’artisanat. Les effets peuvent être intéressants et pas complètement négatifs”, explique la spécialiste de l’aménagement urbain, Hélène Milet.

Les zones en tension restent principalement les stations balnéaires, où le prix de l’immobilier a grimpé de 24% en deux ans, même si la première ville de France attirant les Franciliens, toutes tranches d’âge confondues, est Lyon, suivie de Toulouse, Nantes, Bordeaux et Marseille.

Mahauld Becker-Granier, Garance Munoz et Maxime Martinez

[

]

Source link