pourquoi le risque de coupure cet hiver est bien réel



La France et toute l’Europe se préparent à connaître un hiver tendu sur le front de la consommation d’énergie.

Elisabeth Borne a indiqué ce lundi que des mesures de rationnement de l’électricité pourraient être imposées cet hiver. La Première ministre évoque des menaces de pénurie. Est-ce qu’il y a un risque réel que l’on subisse des coupures de courant? Le risque est sérieux, tous les experts le confirment. Javier Blas, de l’agence Bloomberg, écrit: “Si cet hiver, une grande ville européenne devait se retrouver plonger dans le noir, ce sera certainement Paris. Parce que la France fait face à un Waterloo électrique”. C’est un Anglais qui le dit.

Le pire n’est pas certain, tout dépendra beaucoup de la météo et des températures, mais l’hypothèse de délestage, de coupure momentanée, est bien réelle et l’on s’y prépare. RTE, le réseau de distribution, a des plans. Des plans de coupures tournantes, des groupes de 200.000 foyers seraient déconnectés pendant deux heures, à tour de rôle. Mais ce serait surtout les entreprises qui seraient touchées. On pourrait exiger par exemple la fermeture en décembre des usines qui consomment le plus, comme par exemple les fonderies.

Les Suisses viennent de rendre publiques leurs prévisions. Dans le cas du scénario le plus grave, tous les foyers seraient privés d’électricité pendant 4 heures, puis retrouveraient la lumière pendant 4 heures avant d’être de nouveau coupés 4 heures. C’est ce que les Suisses prévoient en espérant, bien sûr, ne pas l’appliquer.

Eviter le grand black-out de 1978

Tout cela pour éviter le “black-out”, la grande panne. La France en a connu une le 19 décembre 1978. Il faisait froid, on était à quelques jours de Noël, la demande était très forte et à 8h26, tout a disjoncté. Les trains et les métros se sont arrêtés. Les gens étaient coincés dans les ascenseurs, des chirurgiens ont terminé leurs opérations à la lampe de poche. Depuis, pour que cela ne se reproduise plus, on a beaucoup progressé dans les plans de délestage, les coupures préventives, pour éviter le black out total.

Ce qui est sûr, c’est qu’il va y avoir des moments tendus. Parce que l’Europe entière est en difficulté, on n’est donc pas sûr de pouvoir importer de l’électricité en cas de besoin. Et il pourrait nous arriver ce que les Anglais ont connu le 20 juillet dernier.

A cause de la canicule historique, et de l’utilisation généralisée de la clim, Londres s’est retrouvé au bord du black-out. Une partie de la ville a même été brièvement coupée du courant. Panique générale, les Anglais ont fait savoir qu’ils étaient prêts à acheter du courant à n’importe quel prix. Et finalement, ce sont les Belges qui les ont sauvés. Mais en leur vendant, pendant une heure, de l’électricité à un prix exorbitant. 11.000 euros le mégawattheure. Alors que le prix normal, c’était depuis des années autour de 70 euros. Voilà ce qui peut se passer cet hiver, en cas de crise.

La guerre en Ukraine, la sécheresse et les centrales nucléaires à l’arrêt

Pourquoi va-t-on soudainement manquer d’électricité? Et pourquoi est-elle si chère?La première raison, c’est la guerre en Ukraine, qui a fait exploser le prix du gaz. Ce qui mécaniquement fait augmenter le prix de l’électricité parce qu’une partie du courant est produit dans des centrales à gaz. En France, ce n’est que 7%, mais chez nos voisins c’est beaucoup plus.

La deuxième raison, c’est la sécheresse qui a vidé les barrages. La Norvège, premier exportateur européen, grâce à ces 1.700 centrales hydro-électriques, risque de ne plus rien pouvoir livrer cet hiver.

Et enfin la principale raison, ce sont les problèmes des centrales nucléaires françaises. Tout a commencé il y a un an par un contrôle de routine dans une centrale dans la Vienne. On a détecté de la corrosion dans des tuyaux. La centrale a aussitôt été fermée, puis deux autres du même modèle dans les jours suivants. Et finalement aujourd’hui, ce sont 12 réacteurs qui ont été stoppés à cause de ces tuyaux qui vieillissent mal. Ajoutez à ça ceux qui sont en révision, c’est finalement plus de la moitié des centrales françaises qui sont à l’arrêt. C’est catastrophique pour nous, mais cela aura un impact au-delà de nos frontières. En cas de vague de froid, et si en plus il n’y a pas de vent, toute l’Europe sera au bord de la crise de nerfs.

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)

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