pourquoi la situation est “intenable” à la centrale nucléaire de Zaporijia



Dans “Apolline Matin” ce mercredi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré a détaillé le rapport de l’AIEA sur la situation “intenable” autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine.

L’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a rendu ce mardi son rapport sur la centrale ukrainienne de Zaporijia. Un rapport qui demande l’établissement d’urgence d’une zone de sécurité autour de la plus grande centrale nucléaire d’Europe, parce que la situation actuelle est “intenable”. C’est la conclusion des six experts internationaux qui ont pu visiter la centrale le week-end dernier. Ils demandent que les bombardements cessent tout de suite sur la centrale et autour, pour éviter de nouveaux dommages aux installations.

L’agence de l’ONU appelle donc à la mise en place d’une zone de sécurité et de protection, ce qui veut dire une zone démilitarisée autour de la centrale. Et elle souligne les conditions extrêmement stressantes dans lesquelles travaille le personnel ukrainien de la centrale, sous le contrôle des forces russes. Les bombardements, les dégâts déjà causés, l’occupation militaire de la centrale, tout cela crée un risque d’accident nucléaire.

Mais qui bombarde la centrale ? Les deux parties s’accusent mutuellement. Et les accusations sont précises. Pour la seule journée de mardi, les Russes affirment que les Ukrainiens ont tiré à 15 reprises sur la ville voisine d’Energodar. Les Ukrainiens, eux, ont compté 88 tirs russes, toujours pour la seule journée de mardi, dont trois tirs de missiles, et 35 attaques aériennes.

La vérité, c’est que les Russes et les Ukrainiens se battent à proximité de la centrale et se tirent dessus depuis des semaines. Au risque de toucher les réacteurs ? En réalité, ce n’est pas le risque le plus sérieux. Parce que ces six énormes réacteurs sont protégés par du béton capable de résister à peu près à toutes les bombes.

Sans refroidissement, la catastrophe

Ce qui inquiète beaucoup plus les spécialistes, ce sont les dommages causés aux lignes électriques. Les Russes ont endommagé les lignes à haute tension qui relient la centrale au réseau ukrainien.

Les Ukrainiens ont également tiré sur des lignes à haute tension que les Russes sont en train de construire pour relier la centrale à la Crimée. Pour faire simple, les Russes tentent de piquer l’électricité des Ukrainiens pour la distribuer dans les zones qu’ils contrôlent. Les Ukrainiens s’y opposent militairement. Et ce sont ces combats qui sont potentiellement très dangereux, même si la centrale actuellement ne produit plus d’électricité.

Le sixième réacteur, sur six, a été mis à l’arrêt lundi. L’opérateur ukrainien l’a débranché à cause d’un incendie sur une ligne électrique, causé par un bombardement. La centrale ne produit pas d’électricité mais elle en a besoin. Il faut du courant pour faire fonctionner les circuits de refroidissement.

Lorsque les réacteurs sont à l’arrêt, Zaporijia est alimenté par une centrale thermique voisine. C’est le cas en ce moment. Si les lignes qui relient les deux centrales devaient être endommagées, alors des groupes électrogènes seraient appelés au secours. Mais si ces groupes, pour une raison ou une autre, ne marchaient pas, alors ce serait la catastrophe.

Privés des circuits de refroidissement, les réacteurs sont aussitôt en surchauffe. Et en moins de deux heures, le cœur du réacteur peut entrer en fusion. C’est ce qui s’était passé à Fukushima en 2011.

En cas de catastrophe nucléaire, on sait quelles seraient les zones touchées. Les Ukrainiens ont étudié le scénario. Ils ont imaginé un accident qui aurait eu lieu dimanche dernier à 17h33 et puis ils ont observé la météo et fait tourner les ordinateurs.

Un nuage radioactif se serait d’abord dirigé vers le sud et aurait touché les zones contrôlées par les Russes, notamment la Crimée. Quinze heures après, il aurait touché Odessa et la Moldavie. Puis après 24 heures, ce nuage se serait scindé en deux, une partie continuant vers le sud et atteignant la Turquie et la Grèce, une autre partie se dirigeant vers l’Ouest et survolant rapidement la Hongrie et la Pologne.

Le scénario des météorologues ukrainiens s’est arrêté là, 72 heures après la catastrophe supposée. Mais il suffit de regarder une carte pour comprendre qu’après la Pologne, l’Allemagne, la Belgique et la France auraient été touchées…

[

]

Source link