Peut-on rire de tout? “Il y a une vraie crainte du bad buzz, des répercussions”, concède Kheiron



L’humoriste Kheiron est revenu ce jeudi dans Estelle Midi sur RMC sur le sempiternel débat de l’humour à l’heure d’Internet et des polémiques qui semblent de plus en plus faciles à déclencher.

Est-il devenu risqué de faire de l’humour en 2022? Est-ce que c’était vraiment “mieux avant’? L’humoriste Kheiron était l’invité d’Estelle Midi ce jeudi sur RMC pour témoigner de son expérience personnelle, et la difficulté de faire des blagues à notre époque. Il concède qu’il y a une certaine auto-censure qui s’est installée ces dernières années en raison, notamment, de la démocratisation d’Internet.

Le refuge de la scène

L’humoriste assure qu’il y a des sujets moins évidents à aborder en dehors de la scène, confirmant l’adage que l’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

“Sur scène, les gens payent pour venir vous voir donc on est en sécurité. Ce qui est difficile c’est quand les gens reçoivent l’information pas de le bon esprit. La sensibilité peut prendre le dessus sur tout (dans le mauvais contexte). Sur scène j’évoque tous les sujets. Sur Instagram, avant, je ne faisais que de l’humour noir, maintenant je suis Drucker je fais que des blagues familiales”.

“Il y a des contextes qui permettent certaines blagues. Quand je faisais des personnages de beaufs, il y a des choses que je pouvais dire qui passaient comme des blagues, et aujourd’hui on pourrait ne plus savoir si c’est de l’humour ou la réalité”.

“Les marques, les sponsors, les chaînes, les financiers ne veulent pas prendre de risques”

Kheiron assure que les réseaux sociaux sont à l’origine de cette mutation.

“C’est Twitter le problème. Avant, quand vous passiez à la télé et que vous faisiez un bide, tout le monde en parlait mais dans des groupes de 5-6 personnes, dans les bistrots. On n’était pas au courant. Maintenant tout le monde est au courant que tous ces petits groupes parlent de vous. On vous interpelle même ! Ils vous citent et disent que c’est vraiment de la merde. Il y a des centaines de milliers de groupes qui parlent ouvertement donc forcément la conséquence c’est qu’aussi la presse va s’en emparer. Les marques, les sponsors, les chaînes, les financiers ne veulent pas prendre de risques et éviter de prendre dans leurs projets des gens potentiellement à risque, donc des gens peuvent perdre leur cote en quelques semaines”

“On se demande si vraiment ça vaut le coup de se manger une polémique sur tel ou tel sujet”

La crainte des répercussions des blagues que l’on peut faire est ainsi plus omniprésente que jamais à cause des réseaux sociaux.

“Je ne dirais pas ‘bien-pensance’, mais il y a une vraie crainte du bad-buzz. On a peur des répercussions. On se demande si vraiment ça vaut le coup pour faire rire quelques personnes de se manger une polémique sur tel ou tel sujet.”

Kheiron explique que pourtant les gens ont bien besoin de rire avec un contexte mondial miné par les crises sanitaires, financières et diplomatiques. “Aujourd’hui les gens ont vraiment encore plus besoin de rire de tout avec l’anxiété générale liée aux crises que l’on connaît”, juge-t-il avant d’évoquer une solution possible à ce problème. “Le vrai travail de fond pour les jeunes c’est sur l’éducation. Il n’y a pas d’éducation à l’humour. C’est quelque chose qu’il faudrait mettre en place à grande échelle, pourquoi pas à l’école”, lance-t-il.

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