où en est-on après 6 mois de guerre en Ukraine?



Six mois après l’invasion russe, l’Ukraine célèbre plus que jamais sa fête de l’indépendance ce mercredi. Sur le terrain, les combats se sont figés. Les mouvements rapides de troupes des premiers jours ont succédé à une guerre de position où les artilleries adverses se rendent coup pour coup. L’aide militaire occidentale n’a toujours pas permis à l’armée ukrainienne de prendre l’avantage sur une armée russe très affaiblie. La situation économique mondiale est, de son côté, très affectée par le conflit.

C’est un jour doublement symbolique pour l’Ukraine. Ce 24 août 2022, le pays célèbre la fête de l’indépendance de l’URSS, obtenue en 1991. Une célébration sous tension qui tombe six mois pile après le début de l’invasion russe et de la guerre avec la Russie.

Les autorités de Kiev, où des sirènes anti-aériennes ont retenti dans la matinée, ont interdit tout rassemblement public de lundi à jeudi dans la capitale, et dans le nord-est le gouverneur de la région de Kharkiv a ordonné un couvre-feu de mardi soir à jeudi matin. Dans les premières heures de ce 24 août, des explosions ont retenti dans plusieurs villes, comme Kharkiv, Zaporijjia et Dnipro (centre), selon les autorités locales.

Sur le terrain, la guerre rapide voulue par Vladimir Poutine s’est transformée en guerre de position, notamment dans le Donbass tandis que l’Ukraine accentue ses efforts dans la région de Kherson.

Statu quo militaire ?

Les Russes avaient anticipé une “opération spéciale” rapide et une prise éclair de la capitale ukrainienne Kiev. Six mois après, il n’en est rien. L’armée russe, qui s’était rapprochée de la capitale, en est désormais loin, boutée hors des faubourgs de Kiev dès la fin du mois de mars.

Un simple repli stratégique assurait Moscou à l’époque. Désormais, l’armée russe se concentre désormais à la conquête totale du Donbass. Dans la région, la ligne de front s’est presque figée. Place désormais à la guerre de position. Les artilleries russes et ukrainiennes se rendent coup pour coup. L’avantage est du côté russe où l’on bombarde sans arrêt. Malgré l’arrivée de pièces d’artillerie occidentale, l’armée ukrainienne peine à suivre la cadence.

Mais la Russie doit aussi se défendre à Kherson, l’une des plus grosses villes du sud avant la Crimée occupée. L’Ukraine dit y mener une contre-offensive et vise presque quotidiennement les ponts de la région notamment.

Ces derniers jours, plusieurs cibles comme des dépôts de munitions ont été touchés en Crimée même, a plus de 200 kilomètres du front.

Près de 9.000 soldats ukrainiens auraient été tués depuis le début de la guerre mais l’Ukraine reste discrète sur ses pertes, tentant de préserver le morale de ses troupes. Côté russe, l’opacité est la même. Selon le numéro 3 du Pentagone, on recenserait entre 70.000 et 80.000 soldats russes tués ou blessés.

De leur côté, les Etats-Unis ont annoncé une nouvelle aide militaire à hauteur de 2,9 milliards d’euros tandis que l’effort de guerre occidental continue, avec notamment la livraison d’armes lourdes par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Tensions à Zaporijjia

Mais les regards étaient surtout braqués ces derniers jours sur la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe occupée par l’armée russe et qu’Ukrainiens et Russes s’accusent mutuellement de menacer avec leurs bombardements à intervalles réguliers.

Le 19 août dernier, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé la Russie à ne pas couper le réseau ukrainien de la centrale: “l’électricité de Zaporijjia est une électricité ukrainienne (…) ce principe doit être pleinement respecté.

Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et celui de l’Agence atomique russe se sont rencontrés ce 24 août pour discuter d’une inspection de la centrale. Vladimir Poutine s’était auparavant dit d’accord pour une mission de l’AIEA au sein de la centrale.

Devant le conseil de sécurité de l’ONU, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé la Russie à stopper son “chantage nucléaire”. “La Russie doit sans condition stopper son chantage nucléaire et simplement se retirer de la centrale”, a-t-il assuré.

L’économie mondiale gravement touchée

Si du côté russe on assure que l’économie du pays se porte bien, les observateurs étrangers estime qu’elle se contracte durement. C’est notamment ce qu’assurent des chercheurs de l’université américaine de Yale qui évoque une paralysie “catastrophique”. Le départ de 1.000 entreprises étrangères menace 5 millions d’emplois. Les ventes de mensuelles de voitures ont chuté de 100.000 à 27.000 par mois. Et l’interdiction d’exportations technologiques vers la Russie menace la production militaire d’un pays pourtant tourné vers la guerre.

L’Europe souffre également, parfois de certaines de ses propres sanctions économiques contre la Russie, craignant une pénurie de gaz et d’électricité cet hiver. Plus généralement, la guerre en Ukraine a mis un frein à de nombreuses importations et l’Europe fait face à une inflation galopante, jusqu’à 10% au Royaume-Uni où des grèves font rage.

Seule lueur d’espoir, les exportations de céréales depuis l’Ukraine, bloquées depuis le 24 février, ont pu reprendre à l’issue de pourparlers encadrés par la Turquie. Ces exportations sont cruciales pour l’approvisionnement alimentaire de nombreux pays d’Afrique, l’Ukraine étant un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux de céréales.

Depuis l’accord, au moins 25 navires transportant “plus de 600.000 tonnes de produits agricoles ukrainiens” ont transité par le “corridor céréalier” depuis les ports d’Odessa, Pivdenny et Tchornomorsk, a assuré Kiev à l’AFP.

Aucune médiation diplomatique ne semble capable d’apaiser les tensions. Le médiatique président ukrainien Volodymyr Zelensky, symbole de la résistance du pays, a assuré ce mercredi que l’Ukraine se battra “jusqu’au bout, sans concession ni compromis”.

“Nous tenons bon depuis six mois. C’est dur mais nous avons serré les poings et nous nous battons pour notre destin. Nous n’allons lever les mains en l’air qu’une seule fois, pour célébrer notre victoire. Le Donbass c’est l’Ukraine. Et nous allons le récupérer quelle que soit cette voie. La Crimée c’est l’Ukraine. Et nous allons la récupérer quelle que soit cette voie”, a martelé Volodymyr Zelensky.

Côté russe, la mort samedi dans l’explosion de son véhicule de Daria Douguina, la fille d’Alexandre Douguine, un écrivain ultra-nationaliste russe se revendiquant proche de Vladimir Poutine, pourrait raviver les tensions déjà exacerbées.

Le FSB, les services secrets russes n’ont pas attendu pour attribuer l’attentat à l’Ukraine et s’en prendre à l’Estonie, d’où une espionne envoyée par Kiev aurait transité.

Guillaume Dussourt avec AFP

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