Les grands consommateurs de viande sont-ils vraiment plus sexistes?


Selon une étude de l’Ifop, les hommes français gros consommateurs de viande seraient bien plus sexistes que les consommateurs modérés et les végétariens. Et les gros consommateurs de viande seraient bien plus présents chez les sympathisants de droite et d’extrême-droite que chez les sympathisants de gauche.

Plus les hommes sont amateurs de viande rouge, plus ils sont sexistes. C’est ce que laisse penser tout cas une étude de l’Ifop pour Darwin Nutrition, un média focalisé sur la nutrition. “La consommation de viande est devenue un marqueur politique fort”, explique dans “Charles Matin“, ce jeudi sur RMC, François Kraus, le directeur du pôle politique et actualité de l’institut de sondage.

Depuis plusieurs mois, la viande a bel et bien été politisée. D’abord par Fabien Roussel, le chef de file du Parti communiste français, qui a revendiqué le droit à de la bonne viande. Cet été, c’est Sandrine Rousseau, la députée écologiste, qui a estimé que le barbecue était un symbole de virilité, avant que plusieurs municipalités écologistes proposent de ne servir que des plats végétariens dans leurs cantines.

“Ce sont des clivages politiques mais aussi sociétaux. Et dans notre étude, quand on a un régime alimentaire hyper carné, qui ne respecte pas les recommandations sanitaires de modération en matière de viande rouge, cela va souvent de pair avec une vision très conservatrice de la place de la femme dans la société”, explique François Kraus.

Des clichés sexistes sur les tâches domestiques et la conduite

Selon l’étude, qui a sondé 2.000 hommes de tous âges et d’un peu partout en France, 1 Français sur 2 se définit comme “viandard”, assumant cette étiquette et cette fierté de manger de la viande. Mais surtout, une autre catégorie se distingue: les “super-viandards”, qui sont surreprésentés dans les catégories les plus à droite de l’échiquier politique et sont souvent un peu plus sexistes que la moyenne.

Ainsi, 33% des hommes consommant quotidiennement de la viande ont voté pour Marine Le Pen au premier tour et 21% pour Jean-Luc Mélenchon. Seulement 2% d’entre eux ont voté pour Yannick Jadot et 8% pour Eric Zemmour.

Les clichés sexistes portent eux notamment sur la répartition des tâches domestiques entre l’homme et la femme ou la drague par exemple. Ainsi, chez 41% des consommateurs quotidiens de bœuf, le travail d’un homme est de gagner de l’argent et celui de la femme de s’occuper de la maison. Soit trois fois plus que chez ceux qui ne mangent de la viande qu’une fois par semaine (13%) et ceux qui n’en mange pas du tout (12%).

41% des consomateurs quotidiens estiment aussi qu’il seraît gênant que la femme prenne toujours le volant de la voiture familiale, contre tout de même 23% des consommateurs occasionnels et 16% des végétariens.

“On peut-être un gros amateur de viande et ne pas forcement être imprégné d’un système de pensée qui soit profondément misogyne dans sa vision des rapports de genre”, tempère François Kraus.

Les stéréotypes sexistes par consommation de viande
Les stéréotypes sexistes par consommation de viande © Ifop

Sandrine Rousseau jubile, l’Ifop tempère

Sur des questions beaucoup plus graves, le rapport existe aussi. Ainsi, 36% des consommateurs quotidiens de viande rouge estiment que “lorsqu’on veut avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent ‘non’ mais ça veut dire ‘oui'”, contre 12% des non consommateurs de viande.

“A l’inverse, les flexitariens et les végétariens présentent souvent un profil plus progressiste et plus écologiste. Ils sont notamment surreprésentés dans les électorats de Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon”, explique François Kraus.

Les résultats de cette étude ont fait au moins une heureuse. Sandrine Rousseau, qui avait appelé à dépoussiérer l’image virile du barbecue, s’est empressée de réagir à l’étude de l’Ifop: “Mais… Quelle surprise!”, a-t-elle ironisé mercredi sur Twitter.

Une étude qui valide sa thèse, donc? “Oui et non. Cette enquête montre qu’au sein de la population masculine, il y a une proportion d’hommes qui sont des machos viandards et qui cumulent tous les traits de la mysoginie. Mais en même temps, il y a une masse de grands amateurs de viande qui ne sont pas du tout machos, voire même complètement féministes. Cela dépend du niveau socio-culturel”. Pas de raccourci dans un sens comme dans l’autre, rappelle donc François Kraus.



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