Interdire les rencontres sportives en soirée? L’idée ferait bondir Emmanuel Macron

La sobriété énergétique, ou comment le gouvernement veut saisir des économies d’énergie dans chaque domaine de la vie des Français. Alors que la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, avait évoqué la piste d’un arrêt des rencontres sportives en soirée pour économiser l’électricité, l’idée provoquant l’ire du monde du football… et de l’Elysée.

Faut-il arrêter de jouer des matchs dans les stades le soir ? C’était en tout cas l’idée de la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, et de celle de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, en juillet dernier. Mais lors d’un groupe de travail organisé le mardi 30 août au ministère de la Transition écologique, la piste s’est rapidement évaporée.

Le groupe de travail convoqué mardi s’inscrit plus largement dans l’action du gouvernement depuis la rentrée pour proposer un plan global de sobriété énergétiquealors que la France et l’Europe s’apprêtent à faire face à de possibles soucis d’approvisionnement en énergie au cours de l’hiver prochain.

Pour les ministres Oudéa-Castéra et Pannier-Runacher, l’idée d’une interdiction des rencontres sportives le soir permet d’économiser de l’énergie sur l’éclairage aux projecteurs ou encore sur le chauffage dans les vestiaires.

Emmanuel Macron serait remonté “comme un coucou contre ce concours Lépine de mauvaises idées”

Si cette piste d’interdire les rencontres sportives le soir ne devrait pas voir rapidement le jour, elle aurait pu changer drastiquement les habitudes de tous les aficionados de sport. En hiver notamment, où les matchs qui se jouent aujourd’hui à 21h auraient été avancés à l’après-midi.

Pour autant, si l’aspect écologique est un point important, l’idée était très loin de faire l’unanimité chez les fans de football. À commencer par le président de la République en personne, Emmanuel Macron, qui ne serait vraiment pas fan de cette proposition.

Selon des indiscrétions glanées auprès d’un parlementaire proche du président, Emmanuel Macron serait remonté “comme un coucou contre ce concours Lépine de mauvaises idées”. La source confie à RMC qu’entre “réguler les jets et interdire les matchs le soir, on n’a qu’à arrêter les concerts en plein air le soir et pourquoi pas les représentations de théâtre en intérieur”, sur le ton de l ‘ironie.

Pour les amateurs, c’est non

L’opposition du chef de l’Etat trouve écho dans les différents avis cités dans le monde du foot amateur. Pour Enzo, 18 ans, l’idée de ne plus avoir de match le soir ne lui était sié que très peu. Il y a moins de gens, et sans supporters le pied n’est pas le même » explique le jeune homme, maillot de la Roja sur les épaules.

Outre l’ambiance, le problème tient davantage aux horaires de travail pour les supporters et les amateurs de ballon rond. Théo, coach bénévole en Île-de-France et salarié dans une entreprise d’informatique, explique qu’il ne « peut pas dire à (son) boss : « Excuse-moi, je m’arrête deux heures, il ya le PSG qui joue ».

S’il dit être naturellement “pour la lutte en faveur du climat, quand on sait tous les enjeux et tous les problèmes qu’il peut y avoir dans le monde du football, comme là on peut le voir avec toutes les problématiques de la Coupe du monde au Qatar, il faut choisir ses combats ».

Une catastrophe économique pour le monde pro ?

Au-delà des supporters, une telle mesure, selon Pierre Rondeau, économiste du sport, “serait bien évidemment une catastrophe”.

Pierre Rondeau affirme que si l’on « supprime la possibilité de pouvoir diffuser des matchs en nocturne au moment où l’on a des affiches qui vont gagner du monde, vous « désincitez » les diffuseurs potentiels pour la captation des droits TV. On peut supposer que ça peut se jouer, sur une saison complète, à au moins 100 millions d’euros de pertes.

Pour la période 2020-2024, les droits TV domestiques de la Ligue 1 ont été vendus pour plus d’1,1 milliard d’euros par an.

Selon des propositions rapportées par le quotidien sportif L’Equipe, les ministres ont tenu à préciser, lors du groupe de travail au ministère de la Transition écologique, que l’idée serait finalement de pouvoir décaler le coup d’envoi d’une rencontre de seulement une heure.

“On a riposte graduée. Si on doit déplacer d’une heure une compétition c’est quelque chose de possible. On sait qu’en plus le week-end ce sont des jours beaucoup moins tendus en termes d’approvisionnement en électricité et en gaz. Nous sommes développés des gens pragmatiques”, a Agnès Pannier-Runacher.

Aymeric Dantreuille et Hélène Terzian, avec Alexis Lalemant

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