Gorbatchev, un dirigeant soviétique “différent” à l’époque d’une fraternité russo-ukrainienne



L’ex-leader de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, est mort des suites d’une longue maladie ce mardi 30 août. Un décès qui intervient dans le contexte toujours aussi sensible de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, autrefois considérées comme des nations sœurs.

“Son engagement pour la paix en Europe a changé notre histoire commune”. Les premiers mots du président de la République, à l’annonce du décès de l’ex-leader soviétique Mikhaïl Gorbatchev, résonnent particulièrement fort dans le contexte d’une guerre qui s’éternise depuis un peu plus de six mois entre l’Ukraine et la Russie.

Car à l’époque où Mikhaïl Gorbatchev était au pouvoir, l’Ukraine faisait partie des frères slaves de l’ex-URSS et de la désormais Fédération de Russie.

Si “Gorby”, surnom parfois donné à Mikhaïl Gorbatchev, ne s’était pas publiquement exprimé depuis le déclenchement de la guerre sur le sol ukrainien, le 24 février dernier, le conflit actuel avait à ses yeux des airs de guerre civile selon Florent Parmentier, secrétaire général du centre de recherche politique de SciencesPo.

“On peut imaginer qu’il devait sentir une forme d’extrême douleur de voir des compatriotes soviétiques s’entredéchirer. Probablement dans son esprit, une union soviétique démocratique aurait permis d’éviter ce type de conflit”

Trois jours avant l’entrée des troupes russes en terre ukrainienne, l’ancien interprète de Mikhaïl Gorbatchev, Pavel Palazhchenko, s’était aussi exprimé sur la chaîne américaine Fox News.

Selon lui, l’ancien dirigeant russe considérait la situation comme “tragique”, alors qu’il “a toujours fait ce qu’il pouvait pour rapprocher ces deux nations plutôt que de voir continuer se creuser le fossé que nous voyons maintenant s’élargir”.

Pour Pavel Palazhchenko, Mikhaïl Gorbatchev avait “toujours prévenu que des choses qui pourraient être très dangereuses pourraient se produire entre la Russie et l’Ukraine”.

Un chef d’état tourné vers l’Occident

Cette douleur ressentie par l’ancien leader de l’URSS trouvait aussi sa place dans les rapports détériorés entre Occidentaux et Russes, lui qui, à la fin des années 80, avait largement participé à recréer du lien après la Guerre froide.

Philippe Migault, directeur du Centre européen d’analyse stratégique (CEAS) et spécialiste de la Russie, explique que Mikhaïl Gorbatchev était “quelqu’un qui a très vite suscité beaucoup d’espoirs parce qu’il avait un nouveau ton”, lorsqu’il a pris la tête de l’URSS en 1985.

“Au début, les Occidentaux étaient extrêmement méfiants et pensaient qu’il s’agissait d’une nouvelle “maskirovka”, d’une nouvelle manipulation de la part des Soviétiques. Donc non seulement il a tendu la main aux Occidentaux, mais il a incité pour que ceux-ci la prenne”.

“J’aime bien M. Gorbatchev, c’est un homme avec qui l’on peut traiter”, avait ainsi dit de lui la Première ministre britannique Margaret Thatcher. Accord de désarmement nucléaire, refus d’intervenir militairement pour défendre le rideau de fer, retrait de l’Armée rouge d’Afghanistan… Le numéro un soviétique était différent.

Une différence qui aura forcé au respect, un respect qui ne disparaîtra jamais en Occident notamment en raison de sa retenue lorsque le mur de Berlin et les régimes communistes de Tchécoslovaquie, de Hongrie et de Pologne s’écroulent. Il sera d’ailleurs récompensé d’un prix Nobel de la paix en 1990.

Mahauld Becker-Granier, avec Alexis Lalemant et l’AFP

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