En Bretagne, la pression immobilière au plus haut, le marché locatif s’effondre



La pression immobilière en Bretagne est toujours plus forte. Entre les locations saisonnière et les AirBnB, il devient impossible de s’y loger. En parallèle, le marché de la location s’effondre avec de moins en moins de biens à louer.

Cédric épluche depuis six mois les annonces du Bon Coin, de PAP. Accroché à son téléphone il espère que les propriétaires vont lui répondre. Il veut déménager à cause de nuisances sonores dans son logement actuel. Il cherche un T4 à Vannes et coche – a priori – toutes les cases: un CDI, un salaire trois fois supérieur au montant du loyer qu’il vise. Mais il y a tellement de demandes qu’il y a toujours de meilleurs dossiers que le sien.  

“80% du temps, il n’y a pas de réponse. Les propriétaires sont en position de force et choisissent les dossiers qu’ils souhaitent”

Et quant il s’adresse aux agences immobilières, le problème est le même, “la plupart du temps, les agences immobilières n’ont même pas la décence de vous appeler pour vous dire que votre dossier est refusé. En fait, ils vous gardent en vivier. Mais moi je n’accepte pas de faire partie d’un vivier, je ne suis pas un homard”, dit Cédric

“Ici, avant on payait 500 euros un T3, maintenant c’est 700 euros” explique ce Vannetais de toujours qui a vu la situation se dégrader à vue d’œil ces dernières années.

Le problème des AirBnB

La situation de Cédric est loin d’être isolée. Dans le centre-ville de Vannes, tous les 20 mètres il y a des agences immobilières. Bruno est responsable d’une de ces agences et explique que “les gens qui investissent (à Vannes) dans l’immobilier font du AirBnB. Aujourd’hui, c’est un réel problème. On ne peut plus trouver de location avec des baux normaux”.

“Tous les jours on a des gens désespérés qui ne trouvent pas de biens pour eux ou leurs enfants. Un Vannetais ne peut plus se loger à Vannes, ce n’est plus possible.”

Avec la tension immobilière les prix grimpent chaque année. + 18% d’augmentation en un an pour l’achat d’un appartement. En plus d’être plus onéreuses les maisons partent très vite. Bruno explique avoir vendu une maison, la semaine dernière, à une personne qui n’a même pas fait de visite.

“Quand on publie une annonce, le lendemain on a une vingtaine d’appels. Une maison ne reste qu’une semaine sur le marché.”

L’agglomération de Vannes est la plus chère en termes de prix au mètre carré de la région selon les notaires de Bretagne. Mais le phénomène touche de nombreuses villes moyennes, notamment dans la région. Selon une enquête récente, les prix ont augmenté de plus de 30% entre 2020 et 2022.

La Bretagne bientôt “zone tendue” ?

Cette augmentation des prix est souvent due à des acheteurs qui n’habitent pas sur place qui peuvent se permettrent d’acheter une résidence secondaire au prix fort ou un bien à louer en AirBnB. Ce qui entraine une hausse des prix et laisse de moins en moins d’appartement libres pour des locations de longue durée. “Un ti da bep hini” (un logement pour tous) une coordination de plusieurs associations et collectifs est vent debout contre ce phénomène qui touche toute la Bretagne. en fait partie.  

“Pour louer, comme il y a de moins en moins de biens, il faut des dossiers qui correspondent avec énormément de gens qui ont des grosses difficultés pour se loger, qui ne peuvent pas se loger, qui sont en camping, dans un véhicule ou chez des amis. C’est dramatique !” explique Tim Rogues, membre d'”Un ti da bep hini”

Pour lui la solution, reconnaître la Bretagne comme “zone immobilière tendue”, comme à Paris ou en bord de mer dans le PACA, ce qui permetterait de surtaxer les résidences secondaires, d’encadrer des loyers, ou de mettre en place des quotas comme à St-Malo.

Des locations uniquement de septembre à mai

La coordination “Un ti da bep hini” organise le 10 septembre à Vannes une manifestation pour interpeller les élus sur la question de l’accès au logement en Bretagne. Une mobilisation qui fait des petits à Lannion, à Douarnenez, à Concarneau. Gaël Roblin, conseiller municipal de Guingamp et porte-parole de la Gauche indépendantiste du Pays de Guingamp, fait co-organisateur du rassemblement à Lannion. Invité, ce samedi, de la Matinale week-end de RMC, il explique le phénomène qui se déroule dans de nombreuses villes côtières de Bretagne: les locations à l’année disparaissent au profit de locations de septembre à mai, pour les propriétaires puissent récupérer leurs biens pendant trois mois pour en faire des locations saisonnières.

“On sent un engouement (en Bretagne). Il faut encadrer le prix des loyers. Pourquoi ce ne serait pas possible? Pourquoi aucune commune de la région Bretagne n’est classée en zone tendue. Pourquoi Guettary peut surtaxer à 70% les résidences secondaires et pas nous ? C’est une inégalité face à l’impôt”, explique le conseiller municipal de Guingamp.

Une pénurie sur le marché locatif

Outre le cas breton, c’est tout le marché locatif qui se trouve en réalité en pénurie. La part des biens à louer plafonne à un niveau historiquement faible. C’est ce que montrent le site de petites annonces Bien’ici où à peine 27% d’annonces de logements à louer contre 73% à la vente. C’est quasiment dix points de moins qu’à la même période avant la crise sanitaire. Le COVID a clairement changé la donne: il renforcé notre appétit pour l’achat immobilier et avec, jusqu’à il y a encore peu de temps, des conditions d’emprunt historiquement favorables, devenir propriétaire paraissait à porter de main, ce qui fait monter le marché de la transaction.

Au-delà des primo-accédants, il y a aussi tous les secundo accédants. Ils veulent plus grands, ils veulent déménager, ils se séparent. Bref beaucoup de vies ont été bouleversées par la crise Covid, sauf que les ménages préfèrent vendre leur ancien logement plutôt que le louer. On se retrouve sur le marché immobilier avec beaucoup de bien à vendre plutôt qu’à louer. De plus, avec l’interdiction des passoires thermiques à la location d’ici 2024, de plus en plus de propriétaires vendent faute de pouvoir rénover à temps.

L’offre en berne, la demande explose

Les conséquences sont clairement inquiétantes car dans certaines régions où le marché de la transaction écrase complétement celui de la location, comme en Bretagne, mais aussi en PACA et en Pays de la Loire où 80% des annonces concernent des logements à acheter plutôt qu’à louer. En Ile-de-France, marché ultra-tendu par nature, il n’a jamais été aussi difficile de trouver un logement à la location avec moins de 27% d’annonces de biens à louer en cette rentrée. Le marché de la vente est nettement majoritaire dans toutes les régions de France et la seule région où le locatif dépasse les 30% d’annonces, c’est la région Grand-Est avec 32% des annonces.

Ce qui est le pire pour le marché locatif, c’est que les biens qui ont le plus basculé vers la vente sont traditionnellement ceux les plus recherchés pour la location: les petites surfaces. L’offre en studios à louer recule de 12% sur 1 an et de 10% pour les deux pièces. Et malheureusement, alors que l’offre s’effondre, la demande explose et justement sur les petites surfaces. Aujourd’hui Bien’ici enregistre en moyenne 87 demandes pour un studio à louer contre 50 demandes l’an dernier. Pour les deux pièces, le nombre de demandes par logement disponible augmente également de 65% sur 1 an. Signe que la crise du logement s’aggrave.

Siam Spencer, Marie Coeurderoy et Maxime Martinez

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