Des salariés licenciés par une intelligence artificielle aux Etats-Unis



Se faire licencier par une intelligence artificielle, c’est ce qui vient d’arriver à 60 salariés aux Etats-Unis. Un algorithme a décidé qu’on n’avait plus besoin d’eux et les a tout simplement virés.

Se faire licencier est toujours une épreuve. Mais se faire virer par une machine, surtout quand on ne s’y attend pas, il y a de quoi être estomaqué. Pour être précis, il s’agissait de 60 contractuels qui travaillaient à la modération de Facebook à Austin, au Texas.

Sachant que Facebook est plutôt en mode “économies” en ce moment, et taille dans ses effectifs, ils ont appris par visioconférence leur licenciement surprise. Et quand ils ont demandé pourquoi ils avaient été choisis, leurs responsables, humains cette fois, leur ont expliqué qu’ils avaient été sélectionnés par un algorithme. Un programme informatique conçu pour froidement réduire les coûts.

Sur quelles bases ont-ils été choisis? Au hasard ! Visiblement, ça aurait pu être n’importe qui d’autre. En clair, c’est un programme informatique qui s’est chargé du sale boulot, sur des bases complétement aléatoires. Terrifiant ? Les IA “cost killer”, ce n’est pas une première, et certainement pas une dernière non plus.

Il y a quelques mois, une autre entreprise technologique, Xsolla, supprimait 150 postes, toujours en passant par une IA. Mais cette fois ce n’était pas au hasard : ce programme informatique avait analysé le contenu des mails des salariés, leur taux de présence, leur activité, les documents sur lesquels ils travaillaient, et sur cette base avait déterminé des profils “pas assez engagés et improductifs”.

Amazon est lui aussi un habitué: des livreurs pas assez efficaces, dont les moindres faits et gestes sont surveillés en temps réel et donnent lieu à une notation, reçoivent des mails automatiquement envoyés par un algorithme qui leur explique de manière assez lapidaire qu’ils ne sont pas assez efficaces.

Pas possible en France

Ça se passe aux Etats-Unis, où on vire comme on respire. En France, ce n’est pas possible puisque le code du travail protège les salariés et encadre strictement le licenciement, avec un entretien préalable obligatoire, avec présence d’une personne physique qui représente l’employeur. Ça, pour l’instant, l’IA n’en est pas (encore) capable.

Mais des logiciels d’analyse de performance peuvent très bien orienter la décision d’un DRH humain. Au-delà du licenciement, les algorithmes s’invitent dans les ressources humaines, y compris en France. Pour recruter des gens par exemple. Et ça, pour le coup, c’est aussi utilisé en France.

Ça va de l’analyse automatique de CV pour détecter les profils les plus adéquats à des systèmes d’entretiens d’embauche gérés par la machine, avec des outils comme Hirevue, où on va utiliser des caméras intelligentes couplées à des logiciels qui vont analyser un entretien d’embauche et déterminer, en analysant le langage, la posture, la communication verbale et non-verbale, quel candidat est le plus adéquat pour un poste. Avantage de la machine: être plus neutre qu’un recruteur humain. On estime que près d’un tiers des entreprises utilise déjà l’IA dans ses recrutements.

Un DRH virtuel, et demain un manager ou un patron virtuel?

C’est une première: à Hong Kong, une entreprise de jeux vidéo a décidé de nommer une IA comme PDG. C’est le premier PDG virtuel de l’histoire. L’entreprise s’appelle Netdragon websoft, elle est cotée en bourse –donc elle ne fait pas des annonces au hasard, elle doit rendre des comptes. Cette PDG virtuelle s’appelle Tang Yu, elle est décrite dans un communiqué comme un “robot humanoïde couplé à une intelligence artificielle”.

Et c’est cette machine qui sera chargée d’aider à la prise de décisions, notamment en termes “d’organisation et d’efficacité”, et sera surtout bardée d’outils d’analyse pour permettre au conseil d’administration d’être plus efficace dans des domaines comme la “rationalisation des flux de travail, l’amélioration de la qualité des tâches et l’augmentation de la vitesse d’exécution”.

Est-ce que ce sera elle qui prendra directement les décisions sur le rachat d’un concurrent, la signature d’un gros contrat ? Probablement pas. Mais ce sera un outil d’aide à la décision précieux. L’avantage de l’IA, c’est qu’elle est capable d’avaler des quantités de données et d’analyser le pour et le contre dans les décisions d’investissements de cette entreprise de façon totalement objective et désintéressée, contrairement aux humains, qui sont toujours biaisés. Même si de fait, cette “neutralité” est très discutable.

Anthony Morel (édité par J.A.)

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