comment la justice encadre-t-elle les mineurs?



Âgés de 15 et 17 ans au moment des faits, deux jeunes ont été condamnés à des travaux d’intérêt général et un stage de citoyenneté pour la violente agression homophobe d’un autre mineur. L’agression avait été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux.

Deux adolescents reconnus coupables de l’agression homophobe du jeune Yanis, en septembre 2021 à Montgeron (Essonne), ont été condamnés ce mardi par un tribunal pour enfants à un stage de citoyenneté pour l’un et 35 heures de travaux d’intérêt général pour l’autre.

Âgés de 15 et 17 ans au moment des faits, ils avaient roué de coups le jeune homme en filmant la scène. Aux enquêteurs, l’adolescent avait raconté avoir été lynché “en raison de son apparence” par un groupe de 7 à 8 jeunes, des jeunes qu’ils ne connaissaient pas. Lors de son audition, le jeune homme avait dénoncé avoir été “gratuitement frappé par une meute d’individus lui criant ‘PD'”.

“Je ne sais pas si ça leur fait comprendre la gravité des faits”, s’interroge ce jeudi sur le plateau des “Grandes Gueules” Joëlle Dago-Serry. “Un stage de citoyenneté, c’est rappeler les valeurs de la République, je trouve que cela n’a aucun sens”, ajoute-t-elle. Même son de cloche pour l’économiste Thomas Porcher: “Il y a eu un tabassage. Il faut qu’il y ait une punition et une rééducation pour que ces gens, qui sont bêtes, comprennent”, estime-t-il.

“Les éducateurs jugent que les jeunes ont évolué”

“C’est du laxisme judiciaire, on nous parle de pédagogie mais condamner un jeune un an après qu’il ait commis l’infraction, cela n’a aucun sens sur le plan pédagogique”, assure Kevin Bossuet, professeur d’histoire-géographie. “C’est comme s’ils n’avaient rien fait. Ils se baladeront dans la nature en n’ayant pas compris pourquoi ils ont été arrêtés”, ajoute-t-il.

Mais Mohamed, éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse qui doit traiter de tels cas, rappelle qu’il y a déjà un suivi en amont, de l’acte à la prononciation de la peine. “Quand un mineur commet un acte de délinquance et qu’il passe devant le juge, un éducateur de milieu ouvert est saisi pour suivre le jeune. Il y a des investigations, une enquête auprès de la famille et des équipes scolaires qui peuvent l’encadrer”, explique-t-il sur RMC et RMC Story.

“Avant toute condamnation, les jeunes sont suivis avec une mise à l’épreuve éducative. L’éducateur va voir si le jeune évolue. Ici, si ce sont un stage de citoyenneté et des TIG qui ont été donnés, c’est que les éducateurs jugent que les jeunes ont évolué”, croit savoir Mohamed.

Dans les pays du Nord, des courtes peines de quelques semaines

Des mesures éducatives qui peinent à convaincre Kevin Bossuet: “Prenons exemple sur les pays d’Europe du Nord où il y a des courtes peines de quelques jours ou semaines qui sont prononcées et qui tombent très vite. Au moins, il y a un acte posé qui est fort et qui fait prendre conscience de la gravité des faits”, croit-il savoir.

Mais Mohamed estime a contrario que ces courtes peines sont inefficaces: “Avec des adultes cela ne marche pas, vous pensez que quelques jours cela va changer quelque chose?”, interroge-t-il.

La victime de l’agression homophobe de Montgeron elle, avait confié avoir “pensé mourir”. Une violence extrême constatée par les médecins, qui lui avaient prescrit à l’époque plus de huit jours d’interruption totale de travail.

Guillaume Dussourt avec AFP

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