Ces Français qui ne veulent pas d’enfants



Le mouvement “childfree” se développe en France. De plus en plus de Français disent qu’ils ne veulent pas d’enfant. Une libération de la parole multifactorielle.

C’est une autre libération de la parole. Longtemps tabou, le désir de ne pas avoir d’enfant devient de plus en plus médiatique. Aux États-Unis, le mouvement “childfree” s’est structuré. Mais de plus en plus de voix s’élèvent aussi en France pour normaliser le fait de ne pas vouloir de bébé.

“J’ai trop peur de regretter d’être mère”

Léa, 29 ans, est professeure de Français en région Parisienne. Elle l’assume: elle d’avoir un enfant: “La maternité ne m’attire pas.” Elle le dit à son entourage, à ses amis, sa famille, elle “n’a pas envie” d’enfant.

“J’adore avoir du temps pour moi, c’est très important. Même dans le couple le plus égalitaire, la femme en fait quand même plus. Je n’ai pas envie d’être celle qui se sacrifie plus que son conjoint pour élever un enfant. On peut aussi transmettre des choses à des enfants qui ne sont pas les siens. Quand on me dit je vais faire un enfant que j’ai trop peur de regretter, moi j’ai trop peur de regretter d’être mère.”

Il est un arguement qui n’est pas du tout présent dans le témoignage de Léa mais qu’on entend souvent dans la bouche de ceux qui ne veulent pas d’enfant: c’est l’angoisse écologique qui pousserait à ne pas avoir d’enfant dans un monde qui va de plus en plus mal. Mais finalement, cet argument est souvent secondaire dans le choix de ne pas avoir d’enfant.

“Une pression sociétale”

Bettina Zourli est aussi“childfree”. Il y a trois ans elle a créé un compte instagram au nom explicite: @jeneveuxpasdenfant. Elle a voulu libérer la parole sur ce sujet et reçoit de plus en plus de messages: “Beaucoup de gens me disent que c’est une ouverture d’esprit, une chance d’avoir accès à des personnes expriment ne voulant pas d’enfants. Surtout des femmes notamment me disent qu’elles ne savaient pas qu’elles avaient le choix.”

“L’injonction à la maternité, la pression sociétale, familiale, et la famille nucléaire, c’est quelque chose de tellement sacralisé que pour beaucoup c’est quelque chose de naturel voire d’obligatoire”, explique-t-elle.

Bettina Zourli précise bien que c’est un choix personnel et qu’elle ne milite pas pour ne plus avoir d’enfant, mais plutôt pour se poser les bonnes questions. Être “childless”, ce n’est pas du tout une démarche de rejet pour Edith Vallée, docteure en psychologie.

“Ce n’est pas je ne veux pas avoir d’enfant, c’est je veux réaliser l’inclination vers laquelle je veux aller: la maternité, une œuvre personnelle, une carrière, une création…” analyse-t-elle.

5% de la population française ne veut pas d’enfant

La parole se libère mais le nombre de personnes qui ne veulent pas d’enfants est stable. La dernière estimation est assez ancienne et date de 2010. À l’époque 5% de la population française ne voulait pas d’enfant. Un chiffre stable depuis les années 90 et la première enquête sur le sujet. Cette estimation est calculée à l’institut national de la démographie, l’INED, qui prépare une nouvelle enquête sur la question.

“On s’attend à une augmentation du nombre de personnes qui ne veulent pas d’enfants. Il y a une tolérence accrue aux diversités des formes familiales. L’épidémie de Covid a peut-être aussi changé la perception de certains” juge Laurent Toulemon, démographe à l’INED, qui dirige l’enquête.

Mais il estime tout de même que la France va rester une exception européenne, “un pays qui a des proportions de personnes sans enfant très faible et je crois que ça va persister car la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est moins difficile, même si pas idéale que dans d’autres pays. Faire un enfant ce n’est pas renoncer à faire carrière”, explique le démographe. Il remarque d’ailleurs que le discours “childfree” est beaucoup plus structuré et accepté dans les pays étrangers comme le Royaume-Uni, l’Allemagne ou les Etats Unis.



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