“Ce n’est pas une découverte” pour Timothée Duverger



Le spécialiste de l’écologie Timothée Duverger était l’invité d’Estelle Midi ce mercredi, sur RMC et RMC Story. Il estime que la déclaration du président de la République, Emmanuel Macron, sur “la fin de l’abondance” est tardive, et juge que des “efforts” seront à faire dans les mois et les années à venir.

Des mots forts après un été caniculaire. Dans une prise de parole en ouverture du Conseil des ministres ce mercredi, Emmanuel Macron a appelé à l’unité des Français face à la “fin de l’abondance” et de “l’insouciance”. Un nouvel appel à des efforts qui semble naturel et même tardif pour Timothée Duverger, maître de conférence à SciencesPo Bordeaux, spécialiste de l’écologie, invité de Estelle Midi sur RMC et RMC Story.

“On ne découvre pas que c’est la fin de l’abondance. On est en train de fêter les 50 ans du rapport Meadows (sur les limites à la croissance – dans un monde fini -) qui annonçait qu’il fallait passer à la croissance zéro en 1972. Donc ce n’est pas tout à fait nouveau et ça n’est pas une découverte”, estime ce spécialiste de l’écologie qui pense “que les efforts vont être à tous les niveaux”.

Pour Timothée Duverger, la question principale est de savoir “à qui on applique ces efforts”, notant les “inégalités très fortes” en France.

“Au-delà de la question des revenus, il y a des charges importantes, un coût du logement très important, des problèmes de mobilité quand on n’est pas en centre-ville et son coût qui va exploser avec la crise énergétique. Donc il y a des dépenses contraintes et ça veut dire qu’avant de parler des efforts généraux, il faut parler des efforts que peuvent faire les plus riches”, estime le maître de conférence à SciencesPo Bordeaux qui juge qu’”une proposition de loi sur l’interdiction des jets privés peut être une réponse”.

“Faire d’une contrainte, une opportunité”

Le spécialiste de l’écologie estime qu'”il y aura des des efforts et des recalibrages à faire“. “Il faudra sans doute défendre notre souveraineté industrielle et énergétique, renforcer les énergies renouvelables, les productions locales de l’autre, ce qui permettra de faire baisser le chômage et d’augmenter les salaires”, explique-t-il.

“Il y a une contrainte très forte avec ce choc énergétique et inflationniste, dans un contexte de croissance très faible voire de décroissance et de l’autre côté. Est-ce qu’on fait de cette contrainte une opportunité pour revoir notre modèle de développement et réduire les inégalités?”, conclut-il.

Pour Thierry Moreau, journaliste média, chroniqueur dans Estelle Midi, il est “évident qu’il va falloir faire des efforts” mais il y a “deux façons d’avancer”. L’ancien directeur de la rédaction de Télé 7 Jours oppose “ceux qui veulent interdire les golfs, les barbecues, les avions, les piscines”, c’est-à-dire – selon lui -, “la meilleure façon de mettre les gens dans la rue et de fracturer la société avec un phénomène gilet jaune de gens qui auront la sensation de ne plus vivre” et “emmener l’ensemble de la population avec soi, avec de l’éducation, de la sensibilisation, de l’incitation”. Pour Thierry Moreau, “c’est la seule voix possible dans notre pays démocratique”.

“Attention à la poudre de perlimpinpin”

Une analyse qui n’est pas totalement partagée par Fatima Benomar qui juge que “sans mesures coercitives, on n’ira pas assez vite selon ce que nous dit le GIEC” et alerte sur le discours du chef de l’État: “Attention à la poudre de perlimpinpin. Emmanuel Macron sait très bien simuler un discours solennel de prise de conscience”, explique-t-elle, citant en exemple son discours sur la rénovation des institutions démocratiques en 2017. Pour elle, “ce qui est caricatural, c’est que certains vivent dans la surabondance et d’autres dans la privation.”

Fred Hermel partage cette analyse jugeant que “la majorité des Français ne surconsomment pas”: “Il y a des millions, des millions et des millions de Français qui ne peuvent pas réduire d’un centime leur niveau de vie”. Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a estimé sur BFMTV que le discours du président de la République est “un message décalé”: “Quand on parle de fin de l’abondance, je pense aux millions de chômeurs, aux millions de précaires. Pour de nombreux Français, les temps sont durs, les sacrifices sont déjà là”.

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